ALB

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Oubliez la jeune scène rock parisienne et ses baby rockers clonés, la french touch post Justice, ou encore cette satanée new rave, ALB sont de jeunes musiciens français mais ne s’inscrivent dans aucune de ces modes. Ni aucune autre d’ailleurs. Leur premier album, Mange-Disque sort sous forme de mange-disque orange, avec livret-notice, et autocollants de fausses pochettes 45t, un travail d’orfèvre mais aussi de grands enfants passionnés qui n’en font qu’à leurs têtes.

C’est que le groupe de Reims n’a pas commencé de manière banale. En 2002, trainé dans une brocante par une petite-amie férue de vintage, Clément, jeune étudiant aux Beaux-Arts (aujourd’hui membre du combo électro-pop Klanguage) tombe en admiration devant de vieux claviers. Il y contracte une passion pour le matériel rétro qui ne le quittera plus. Communicative la passion. Puisque bientôt, il amène dans son aventure, un ancien ami du lycée, Alio, chanteur crooner habité et un autre, rencontré dans une fête, Nico, le bidouilleur fou et exalté. Ces trois là ont chacun leur tempérament, mais se retrouvent pourtant sur deux choses essentielles : ce sont des ex fans de Queen et de grands aficionados du retrogaming.

Deux raisons sérieuses de se mettre à composer des chansons. Clément explique « Notre passion pour les jeux vidéo relève du même travail de mémoire collective que les vieux sons de synthé. Quand on s’est retrouvés avec Alio et Nico, on s’est rendus compte qu’on a tous les trois été marqués par les mélodies des jeux NES devant lesquels on a passé des centaines d’heures. La musique de jeux vidéo c’est comme le top 50, il y en a des pourries mais certaines sont mémorables, et si je devais faire un top10 de mes musiques préférées, il y aurait sans doute un Kid Icarus rangé pas loin de Bowie. Quand j’ai commencé à collectionner les consoles de jeux, le premier sentiment que j’ai ressenti en les rebranchant, c’était une profonde mélancolie, le même sentiment que quand tu fais des tomates farcies et que rien qu’à l’odeur ça te ramène 20 ans en arrière dans un contexte précis. »

Entre relents 8bit débridés, innocence pop 60’s, et montée d’électro trippée, ALB dessine un monde à part, rétro dans ses textures (les claviers vintages), mais moderne dans ses effets. Véritables madeleines de Proust, ALB sont même capables de faire sonner un titre dédié à une descente de taz le dimanche matin (« Sunday morning ») comme le générique des Cités d’or. Osé !

Car ne gardant que l’insouciante fragilité des chansons des aînés (Beach Boys, Beatles), pour créer des mélodies futuristes, ces Rémois reprennent en fait l’histoire là où Stereolab et Jimi Tenor l’ont laissé, sans jamais trop se demander s’il s’agit de pop, d’électro ou d’autre chose de plus bizarre. L’expérimentation n’est jamais très loin, mais sans que jamais le trio ne perde de vue la chanson.
Avec toujours une pointe une certaine mélancolie, et pas mal de second degré, qui font de Mange-Disque une collection de vignettes attachantes et miraculées. Lo-fi dans sa construction « home-made », mais ambitieux au final, il invite l’auditeur à visiter des horizons synthétiques inexplorés, colorés et oniriques, qui ont le goût de l’enfance et des premières fois. Laissez-vous embarquer !

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